La vulgarisation scientifique : rôles et évolutions

La vulgarisation scientifique d’hier à aujourd’hui

 

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© Wikipédia.

La vulgarisation scientifique, on en a déjà pas mal parlé. C’est un des outils de communication scientifique utilisé pour transmettre des connaissances à des publics variés. Je vous rappelle que je fais bien la distinction entre vulgarisation scientifique, une communication unilatérale entre un « sachant » et un « non sachant » et la médiation scientifique, une communication bilatérale entre un « sachant » et un « non sachant » où chacun peut amener son expérience et son vécu (pour en savoir plus, retrouver mon article traitant le sujet ici).

Aujourd’hui, j’avais envie de vous livrer quelques réflexions sur la vulgarisation scientifique et notamment sur ses vocations, ses rôles, ses intérêts. Y a-t-il eu une évolution entre les années ’70 et aujourd’hui ?

 

La vulgarisation scientifique dans les années ’70

À cette époque, on considérait qu’il y avait vulgarisation scientifique lorsque le public visé était le plus vaste possible. Le public de la vulgarisation devrait effectivement être la population dans son ensemble, car toute la société et tous les citoyens sont concernés par les sciences (elles sont tout autour de nous et font parties intégrante de notre société). Mais, si on veut toucher le plus de monde possible, il faut avoir recours aux « mass-médias » (TV, radios, magazines, internet).

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© Wikipédia.

Dans les années 1960-1970, la vulgarisation scientifique connaissait un contexte assez défavorable car la société française avait surtout une culture littéraire, artistique, historique et laissait peu de place aux sciences. La société s’intéressait très peu aux sujets scientifiques, ce qui était illustré par de nombreux sondages : « les sciences naturelles [intéressent] 15% des hommes adultes, [tandis que], le métier et la géographie intéressent 29% des hommes adultes ». Il est intéressant de noter que les sondages n’étaient faits que sur des hommes… Donc, certes, il y a encore des progrès à faire, mais on voit quand même, qu’aujourd’hui, de tels sondages seraient impossibles et que les femmes font bien parties du paysage des sciences ! Malgré tout, la vulgarisation scientifique commençait à se développer…

Pourquoi les vulgarisateurs vulgarisaient-ils les sciences ?

Deux choses semblaient primordiales à l’époque et nécessitaient des actions de vulgarisation, il fallait :

  • Développer l’esprit critique des citoyens : les aider à former leur esprit, à développer leur esprit critique et à acquérir plus d’objectivité sur les connaissances scientifiques et une plus grande autonomie pour la recherche d’informations.
  • Créer un environnement favorable aux sciences : chercher à recruter un grand nombre de scientifiques afin de continuer à développer des connaissances et des techniques pour améliorer les conditions de vie. Il fallait faire apparaître les sciences comme utiles, accessibles et profitables, en particulier en URSS et aux Etats-Unis (rappelez-vous que nous étions en plein contexte de Guerre Froide où il y avait une véritable course aux sciences et aux techniques).

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Sputnik © Wikipédia.

Les motivations de la vulgarisation scientifique

À cette époque, les vulgarisateurs (il n’y avait pas de vulgarisatrices) réalisaient cette mission pour remplir une vocation, parmi celles citées ci-dessous :

  • Informer objectivement les citoyens sur des événements scientifiques : seulement, on ne choisissait que les événements « vendeurs », ceux qui font sensation et sur lesquels on pouvait facilement communiquer (par exemple en 1969 : « on a marché sur la lune »). La vulgarisation avait donc pour vocation de susciter la curiosité, mais pas forcément de transmettre des connaissances. En effet, le public était laissé en autonomie afin qu’il se renseigne par lui-même.

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© Wikipédia.

  • Susciter l’émerveillement à travers la spectacularisation de la science : mais cela a conduit à une mythification des sciences. C’était donc paradoxal, car cela contribuait à la construction, au creusement d’un fossé entre les scientifiques et les publics. Cette vocation faisait apparaître les sciences comme quelque chose de mystérieux et donc de finalement non compréhensible et non contrôlable pour les publics. Pour que ce spectacle marche, il fallait re-présenter les sujets de science auxquels les publics s’intéressaient (donc, malheureusement, tous les domaines de sciences ne se prêtaient pas au jeu).
  • Transmettre l’usage d’un savoir : on ne transmettait finalement qu’un « mode d’emploi » et des connaissances qui étaient vraiment hors contexte. Il fallait que les connaissances transmises trouvent un usage. Il y avait donc un aspect très réducteur, car on ne donnait que quelques indications, mais on ne donnait pas l’accès à « la boîte noire » qui restait donc l’apanage des scientifiques et de l’élite.
  • Utilisation de la vulgarisation scientifique dans une démarche militantiste et critique : cela pouvait aider le citoyen à acquérir un jugement éclairé et raisonné. Elle était alors vue comme une alerte, un garde-fou, mais elle nécessitait quand même de savoir comment fonctionnent les choses. C’était un outil qui était très utilisé par les associations de consommateurs et les revues telles que 50 millions de consommateurs, (oui on est en 74) ou Que Choisir ? Cependant la connaissance transmise risquait alors d’être purement « utilitariste ».

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© Price Minister.

Ce qui est à noter, c’est que dans les années ’70, les vulgarisateurs ne font qu’une seule tâche parmi celles présentées. Elles sont toutes très intéressantes et pertinentes, mais malheureusement, les vulgarisateurs ne réalisaient qu’une seule de ces missions, ce qui fait que les buts poursuivis étaient forcément très restrictifs et incomplets…

La vulgarisation scientifique aujourd’hui

Pourquoi les vulgarisateurs (et vulgarisatrices, on peut le dire maintenant !) font-ils ce métier aujourd’hui ? À notre époque, les acteurs et actrices de la vulgarisation ont l’idée d’une mission, d’une nécessité de diffuser les savoirs et un grand plaisir de communiquer les sciences. Plaisir qui s’accompagne d’une passion pour les savoirs scientifiques. Il y a également la volonté de réduire le fameux « fossé » qui sépare les « savants » des « profanes » et de faire des sciences l’affaire de tous.

Les vulgarisateur.trice.s ont alors des professions diverses : journalistes scientifiques (presse, TV, radio, web), écrivains, chercheurs ou encore médiateur.trice.s ou animateur.trice.s scientifiques.

Les motivations de la vulgarisation scientifique aujourd’hui

Voici maintenant quelques unes des raisons pour lesquelles les vulgarisateur.trice.s font ce métier aujourd’hui :

  • Rôle de traduction : traduire les termes de jargons incompris par la majorité, en termes accessibles à tous ; dans une sorte de langage « commun ».
  • Rôle d’enseignement : les vulgarisateur.trice.s seraient alors plutôt des enseignants avec un public assez ciblé : les élèves et les étudiants. Donc ce ne serait pas une diffusion des sciences pour tous.
  • (Re)présenter les sciences : faire connaître d’abord la démarche scientifique et les sciences « en train de se faire » avant de transmettre réellement des connaissances.

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© Pxhere.

  • Rôle de rassurer les publics : concilier les sciences et certains publics qui s’en méfient et donc révéler les méthodologies, les démystifier et montrer qu’elles ne sont pas réservées à une élite et que les citoyens aussi peuvent se les approprier et s’y intéresser.
  • Rôle de formation des publics : formation et appropriation de la « méthode scientifique » grâce au développement des capacités d’observation, de l’esprit critique et de l’objectivité. Le but recherché est de rendre les citoyens autonomes avec une vraie opinion scientifiquement éclairée.
  • Rôle d’information : diffuser les connaissances actuelles vers le grand public.

On remarque que les missions n’ont pas tellement changé entre hier et aujourd’hui. Elles sont peut-être plus nombreuses actuellement, mais si on les prend séparément, elles restent encore très (trop) restrictives et incomplètes. Chacune de ces missions est importante et nécessaire, cependant, pour une bonne vulgarisation, ne vaudrait-il mieux pas chercher à toutes les réaliser en même temps et en complémentarité ? Faudrait-il pour cela créer des outils de vulgarisation qui permettent de réunir toutes ces motivations ? Si oui, lesquels ?

Les rôles et les missions poursuivis par la vulgarisation scientifique sont-ils réussis ?

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© Pxhere.

Si l’on reprend quelques une des vocations poursuivies par les vulgarisateur.trice.s :

  • Combler le fossé entre « savants » et « profanes » : en réalité, l’utilisation d’intermédiaires chargés de « traduire » les savoirs scientifiques contribue à éloigner les publics des sciences, car ils ne font que la re-présenter. Cela risque donc d’entretenir, voire de creuser un peu plus, ce fossé. Finalement, le rôle des intermédiaire est peut-être plus de susciter la curiosité et l’envie d’en savoir plus, qu’une « traduction » pure.
  • Former tous les citoyens pour les faire devenir de « vrais » scientifiques ou faire adopter un esprit critique « de tout instant » : la vulgarisation en re-présentant les sciences et en se plaçant comme intermédiaire, impose une certaine vision du monde à un public plutôt passif (en particulier à travers les « mass-médias »). Un public pour qui le rapport au monde diffère selon les individus et qui ont surtout envie/besoin de connaissances en rapport avec leur quotidien. Vouloir former à toutes les sciences et inculquer des connaissances scientifiques très variées n’est donc peut-être pas pertinent dans la vie de tous les jours.
  • Informer les publics et diffuser les nouvelles connaissances : ceci est tout à fait pertinent ; la vulgarisation pourrait devenir un accélérateur de la circulation des savoirs et permettre leur intégration dans la culture générale (et ainsi aider à régénérer/développer la culture scientifique dont je vous ai beaucoup parlé ). La vulgarisation va aussi véhiculer des images de sciences qui vont facilement pénétrer l’imaginaire des publics (il a été très justement soulevé par Tania Louis, lors du congrès de l’Amcsti 2018, que les images avaient une portée très importante et s’ancraient facilement dans l’imaginaire collectif). Il est donc très important de faire attention aux choix des images (on peut citer notamment l’exemple de l’évolution de l’être humain).

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© Pixabay.

  • Implication des chercheurs : la vulgarisation permet aux chercheurs de prendre de la distance par rapport à leurs recherches. Le fait de partager leurs travaux à un public plus large que celui de leurs pairs permet aussi de les replacer dans un contexte, de leur apporter un nouvel éclairage et donc de mieux les comprendre.

Quels critères choisir pour étudier la réussite des actions de vulgarisation ?

On peut choisir plusieurs critères pour évaluer les actions de vulgarisation selon les objectifs considérés. C’est la première étape essentielle : savoir ce que l’on veut examiner. Veut-on une meilleure autonomie des publics ? Un intérêt pour tous les types de sciences et pas seulement pour ceux qui apparaissent « sexy » ? Une plus grande implication des publics dans la création et l’encadrement des sciences ? Des citoyens avec des opinions scientifiques plus éclairées ? Une fois les objectifs fixés, on peut imaginer des critères permettant de savoir s’ils sont atteints :

  • Pour un plus grand intérêt des publics pour les sciences, si on prend les « mass-médias », cela peut être le nombre de téléspectateurs devant l’émission/la vidéo internet, le nombre de personnes qui assistent à des conférences et/ou qui posent des questions, pertinentes les questions (là-encore, il s’agira de définir les critères de pertinence).
  • Pour une plus grande implication des publics, cela pourrait être l’étude de l’évolution du nombre de citoyens impliqués dans des démarches de sciences participatives ou qui participent à des forums/discussions/échanges (par exemple les états généraux de la bioéthique).

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© Pixabay.

Pour le reste, j’attends vos propositions ! Quels critères pensez-vous, sont les plus intéressants à étudier et analyser ? Pensez-vous que l’on puisse trouver des critères qui seraient communs aux différents objectifs fixés par les actions de vulgarisation ?

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

La vulgarisation scientifique est un outil de communication assez ancien, dont l’origine peut remonter jusqu’au XIXème siècle, voire même avant. Cependant, elle s’est vraiment démocratisée à partir des années ’70, surtout aux Etats-Unis, en Russie ou dans quelques pays d’Europe, comme l’Allemagne. Pourtant, en France, elle a connu un accueil assez froid, surtout parce que la société ne se sentait pas concernée par des questions scientifiques.

La vulgarisation avait alors surtout pour but de susciter la curiosité, l’émerveillement… mais elle ne donnait pas accès à la « boite noire », au « pour()quoi » et au « comment ». Ceci était toujours réservé à une élite. Et, ce qui était surtout problématique à mon sens, c’est que chaque vulgarisateur ne poursuivait qu’un seul but et ne cherchait pas à mixer les différentes vocations, à chercher une certaine complémentarité. Donc les connaissances transmise étaient toujours restreintes et incomplètes.

Aujourd’hui, les vocations poursuivies par la vulgarisation scientifique sont plus diverses et surtout cherchent à donner plus d’autonomie aux citoyens, à développer leur intérêt pour TOUTES les sciences, ainsi que leur curiosité et leur esprit critique. Des missions tout à fait pertinentes et nécessaires, mais, contrairement à hier, il me semble important qu’elles soient réalisées ensemble, qu’elles soient complémentaires afin que les citoyens puissent profiter réellement de cette « boite noire ».

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© Wikipédia.

 

Quels sont pour vous les rôles essentiels de la vulgarisation scientifique ? Pensez-vous qu’ils faillent utiliser toutes ces missions ? Quels critères choisiriez-vous pour évaluer la réussite d’une action de vulgarisation ?

Sources :

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