Les sciences et la culture populaire

Ou comment absorber des connaissances sans s’en rendre compte

 

Culture populaire, pop culture, STS, sciences

©Pxhere

La transmission, la diffusion et la communication autour des sciences sont un enjeu majeur depuis plusieurs années, en particulier depuis les années ’80 lorsque François Mitterrand a cherché à « remettre les sciences en culture » et où la vulgarisation scientifique est devenue une mission officielle des chercheur.se.s.

Il y a globalement deux façons de diffuser et de transmettre les sciences : la vulgarisation scientifique ; une communication unilatérale où l’on diffuse un savoir depuis « un sachant » vers un « non sachant » et la médiation scientifique ; une communication bilatérale avec des discussions et des échanges entre des publics et des médiateur.trice.s.

Nous avons déjà discuté de ces deux points dans cet article. Aujourd’hui on va plutôt s’intéresser à un outil de communication utilisé par la communication scientifique : la « culture populaire ».

Qu’appelle-t-on « culture populaire » ?

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© Pxhere

Il serait plus approprié de parler de « popular culture », plutôt que de « culture populaire », qui peut avoir une connotation négative de culture « ouvrière » ou « populiste ». Donc, qu’il soit bien clair, qu’ici, on parle d’une traduction littérale et qu’on ne met aucune signification cachée derrière ce terme. La question de savoir si l’utilisation de cette expression est ou non pertinente n’est pas l’objet de cet article (bien que cela puisse être un débat passionnant !).

La culture populaire peut alors correspondre « à un objet qui est composé de l’ensemble des domaines non reconnus, non consacrés par la culture universitaire classique, c’est-à-dire la littérature non littéraire, la musique non classique, ou [encore], la bande dessinée » (d’après Jean-Paul Gabilliet dans cet article). C’est un objet qui est facilement accessible à tous : on peut l’acheter, le lire, le voir au cinéma… au final, on pourrait presque le définir comme un objet de consommation et de loisir.

Si vous voulez des exemples concrets, la culture populaire peut correspondre aux films plutôt « grand public » ou type « blockbuster », à des romans policiers ou ésotériques, à des jeux vidéos ou même, pourquoi pas, à des parcs d’attraction. Tous ces exemples deviennent alors ces fameux dispositifs de communication scientifique informelle. Pourquoi communication informelle ? Parce que l’objectif premier de ces dispositifs n’est pas de transmettre une connaissance, mais plutôt de divertir.

La culture populaire, un dispositif de transmission de connaissances pertinent ?

Culture populaire, pop culture, STS, sciences

© Pixabay

Peut-on vraiment transmettre des connaissances sans le « vouloir » ? La diffusion de savoirs peut-elle être un objectif secondaire ?

Et bien oui, tout à fait ! C’est là qu’on entre en plein de la problématique des sciences et techniques dans la société : les sciences sont partout, tout autour de nous, à tel point que l’on n’y fait même plus attention. Avec cet article, j’ai donc envie de vous ouvrir les yeux sur votre environnement et vous montrer que les sciences sont au cœur de notre société, jusque dans nos loisirs !

Donc, on peut comprendre l’intérêt d’utiliser ces loisirs pour diffuser les savoirs. C’est une façon de toucher et d’intéresser le plus grand nombre de personnes. Et c’est aussi une très bonne façon d’interroger, de questionner, de lancer des débats ou des alertes sur toutes sortes de controverses scientifiques et techniques.

Culture populaire et controverses écologiques

Est-ce que vous saviez qu’avec la culture populaire, on pouvait questionner les publics sur des questions environnementales ?

Prenons l’exemple du film « Avatar » de James Cameron, sorti en 2009. Pour faire un résumé rapide de l’histoire, nous sommes en 2154, l’humanité a découvert une nouvelle planète habitable, Pandora. Les Terriens ont débarqué sur la planète et tentent de la coloniser afin d’exploiter un minerai très rare susceptible de résoudre la crise énergétique qui a lieu sur Terre. Seulement, cette planète n’est pas vide ! Bien au contraire, tout un écosystème s’est développé et s’est adapté à cette planète et on y trouve notamment les Na’vis. Ce peuple humanoïde vit en symbiose avec cette nature et tentent de se défendre face à l’invasion militarisée des Terriens.

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© Avatar Wiki

Je ne vais pas faire une critique du film ; la question n’est pas de savoir s’il est bien réalisé ou non, mais plus de voir que sous couvert d’un divertissement et de belles images, le spectateur est questionné. Questionné sur la protection de la nature, sur son asservissement et sur son exploitation à outrance. Et n’allons pas imaginer que Pandora, c’est très loin, donc au final, cela ne nous concerne pas, car ce n’est pas du tout le cas ! Vous avez déjà vu une mine ? La dernière mine de fer en France a fermé en 1997 et était située dans le département de la Moselle. Ce n’est pas si vieux. Certes, les minerais nous sont très souvent essentiels, cependant l’exploitation d’une mine a de très importantes conséquences au niveau environnemental avec, par exemple, une dégradation des eaux de surface et un impact sur la végétation (réduction de la photosynthèse notamment), mais également au niveau sanitaire car la poussière dégagée par ces mines est la principale cause de maladies pulmonaires, dont la silicose.

Nous n’avons pas forcément conscience de ces conséquences négatives et nous n’y faisons pas forcément attention (surtout qu’il n’y plus d’exploitations minières en France), donc ce genre de film peut permettre de ramener ces questionnements sur le devant de la scène et ainsi faire réagir les publics et leur ouvrir les yeux sur l’impact des sciences et technologies sur leur monde.

Culture populaire et controverses bioéthiques

Des controverses bioéthiques, il y en a pléthore ! C’est ce qu’on a pu voir avec les États Généraux de la Bioéthique qui ont eu lieu cette année (le rapport est en ligne d’ailleurs si vous voulez le consulter : ici).

La culture populaire n’a pas attendu ces états généraux pour questionner ses publics. Et je dis bien « ses » publics, parce que les questionnements peuvent être faits à tout âge !

Prenons en exemple un autre film, « Jurassic Park ». Réalisé par Steven Spielberg et sorti en 1993, le film met en scène John Hammond qui, grâce à des manipulations génétiques, parvient à faire revivre les dinosaures. Fort de cette prouesse, il veut ouvrir un parc d’attraction pour les exposer au grand public et demande donc l’avis (et l’aval) de scientifiques le temps d’un week-end. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu et plusieurs personnes se retrouveront croquées par un Tyrannosaure ou des vélociraptors…

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© Wikipédia Commons

J’adore ce film ! Là-encore, il ne s’agira pas de vous en proposer une critique, mais de vous en montrer les prouesses de vulgarisation scientifique qui y sont développées. D’abord, ce fameux petit dessin animé du début du film, créé pour expliquer comment ils ont réussi à redonner vie aux dinosaures. Ce court-métrage est très bien fait : on y explique ce qu’est l’ADN, on y explique comment le sang des dinosaures peut être récupéré… tout cela avec des phrases simples, du vocabulaire accessible à tous et des illustrations pertinentes. Bien sûr, il y a des imprécisions, voire même des erreurs, mais dans notre réalité, il n’est pas question (ou pas ?) de pouvoir (vouloir ?) ressusciter les dinosaures. Pourtant, on ne peut qu’apprécier cet exercice de vulgarisation !

Autre fait notable de ce film, le questionnement éthique de la renaissance des dinosaures. Ce questionnement sera finalement au cœur du film. S’agit-il réellement, comme le dit Ian Malcolm, « d’un viol de la nature » ? Est-ce « contre-nature » de vouloir redonner vie à une espèce qui, finalement, a eu sa chance ? La génétique aujourd’hui a fait des progrès considérables et semble presque sans limites… Une réalité dont les citoyens doivent vraiment prendre conscience ! Ce genre de film peut donc les amener à ce questionner et les conduire, en autonomie, à la recherche de plus d’informations afin qu’ils se forgent une opinion scientifiquement éclairée.

Je vous ai dit au début de cette sous-partie : à chaque âge ses questionnements. En effet, certains dessins animés, à destination des plus jeunes, n’hésitent pas aussi à mettre en scène des débats. C’est notamment le cas avec « Ferdinand ». Ce dessin animé, sorti en 2017 et réalisé par Carlos Saldanha, interroge sur un sujet d’actualité plutôt sensible : les corridas. Pourtant, il ne cherche pas à orienter le spectateur, plutôt à susciter des discussions et à expliquer au plus jeunes le sujet de la controverse.

Culture populaire, pop culture, STS, sciences

© La Dépêche

Culture populaire et histoire

La culture populaire ne sert pas seulement à poser des questions, on l’a vu, c’est aussi un très bon moyen de transmettre des connaissances, certes scientifiques, mais aussi historiques.

Je suis actuellement en train de lire plusieurs romans dit « ésotériques » écrits par James Rollins. Pour le petit aparté, j’adore ! Les histoires sont passionnantes et il y a tant de suspens que j’ai beaucoup de mal à lâcher les livres, mais il faut bien si je veux pouvoir vous proposer un article !

James Rollins n’est pas du tout historien au départ, au contraire, il était vétérinaire. Pourtant ces romans proposent toujours une incursion dans les secrets de l’histoire (grecque, moyenâgeuse, nazie) et, ce qui me parle beaucoup, c’est qu’il y ajoute des sciences et des techniques qui ont marquées ces époques. Il permet donc cette fameuse mise en culture des sciences en les replaçant dans un contexte historique, voire social. Bien sûr, il y a beaucoup de fiction, mais les connaissances que l’auteur transmet à travers ces histoires sont largement documentées. Et c’est donc là tout l’art de la culture populaire comme dispositif de transmission de connaissances : on est pris dans l’histoire, on tourne les pages presque frénétiquement et on absorbe presque s’en sans rendre compte des connaissances sur les OGM, la physique quantique ou encore l’autisme et la génétique, sans parler des références historiques. Dans cette collection, je vous conseillerai donc tout particulièrement « La Bible de Charles Darwin », « Le Dernier Oracle » ou encore « La Clé de l’Apocalypse ».

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© Wikipédia Commons

Un autre exemple, que je me contenterai juste de citer, vient d’un jeu vidéo. Est-ce que vous connaissez la saga des « Assassin’s Creed » ? Un personnage qui vit diverses aventures dans des univers historiques différents. Le dernier opus, Ubisoft a décidé de le placer en Égypte antique. Le but poursuivi par l’entreprise était de casser les clichés, « tout en restant dans le cadre d’une fiction qui soit prenante et intéressante à jouer ». Bien qu’ils aient quand même pris certaines libertés, le joueur peut quand même acquérir certaines connaissances, encore une fois, sans vraiment s’en rendre compte.

La culture populaire : passer d’un spectateur passif à un citoyen curieux et averti

Cet article ne se veut, bien sûr, en rien exhaustif et je pourrai vous proposer encore énormément d’exemples. Comme la saga « Star Wars », mais là je vais laisser la parole à Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA et enseignant à l’école Polytechnique et à Sciences Po. Il a notamment écrit un livre : « Faire des sciences avec Star Wars », qui permet de décortiquer l’univers de la saga avec nos connaissances actuelles et rien qu’avec la scène de l’épisode V où Luke est en équilibre sur un bras avec Yoda perché sur un de ses pieds, on peut faire de la science pendant près de 20 minutes…

Cet article n’avait donc pas vocation à être un catalogue d’exemples, mais plus une sorte de « guide » pour vous faire prendre conscience que oui, les sciences sont partout, même dans nos loisirs, dans notre culture… Finalement, il n’y a qu’à ouvrir les yeux et ne pas être simple spectateur passif. C’est aussi là que réside la force de la culture populaire : elle est une aide pour développer et affuter l’esprit critique.

 

Que pensez-vous de la culture populaire ? Peut-elle aider à transmettre des savoirs ? Avez-vous d’autres exemples pertinents issus de la culture populaire ?

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10 commentaires sur « Les sciences et la culture populaire »

  1. Merci pour cet article très intéressant ! Je m’interroge sur le fait de pouvoir évaluer ou non l’impact de cette culture populaire maniant des connaissances scientifiques…est ce que ça crée vraiment des questionnements, à quel point, est ce que ce n’est pas directement oublié en sortant du film. ? On peut se poser des questions sur la réception des contenus qui évoquent des discussions éthiques (comme Ferdinand) quand on constate que le commerce de poisson clown a explosé après Nemo et que le film Sauvez Willy n’a pas empêché des générations de parents d’emmener leurs enfants voir ces animaux en captivité alors que c’est précisément ce que le film dénonçait…

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    1. Oui tout à fait, la culture populaire est aussi à double tranchant. Son objectif premier est de divertir, ensuite, à travers le divertissement, elle va pouvoir transmettre des connaissances, des messages… malheureusement, elle peut difficilement orienter les publics… d’ailleurs, ce n’est pas son rôle ! Elle est plutôt là pour faire découvrir. C’est vrai que beaucoup de personnes vont voir des orques ou des dauphins en captivité, mais peut-être que c’est déjà un premier pas ? Les voir « en vrai » les fera peut-être régir plus tard ? En tout cas, effectivement l’impact de la culture populaire risque d’être moins important qu’un dispositif formel

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  2. Hello
    Je suis très septique quand à la possibilité qu offre un film, une série ou autre support culturel pour « transmettre » des connaissances scientifiques.
    Les exemples cités sont d ailleurs souvent décriés par la communauté scientifique pour leurs nombreuses imprécisions ou erreurs (exception faite pour assasin Creed qui semble être très proche d un outil de vulgarisation historique).
    Quand au côté « absorption » de ces connaissances j y crois encore moins.
    Se servir de la culture populaire c est avant tout partir de références culturelles communes de représentations des sciences par les « publics ».
    Là où cela devient encore plus intéressant ce sont les détournements de ces objets culturels par des scientifiques et des médiateurs.

    Aimé par 1 personne

    1. Comme je l’ai dit ce n’est pas l’objectif premier de la culture populaire de transmettre des connaissances, donc cela ne me choque pas qu’il y ait des approximations. Pour le coup on est vraiment avec un outil, un dispositif qu’on peut ensuite remanier et qui surtout parle à tous. Plus facile de parler de maths avec Star Wars que directement avec un traité d’Euler par exemple…

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  3. Une approche très explicite. D’ailleurs, cette culture populaire et scientifique commence à faire sa place dans les musées. Par exemple, le musée d’histoire naturelle propose une exposition sur le T Rex et propose une soirée avec projection du film Jurassic Parc et l’approche d’un spécialiste en dinosaure.

    Aimé par 1 personne

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