Cultiver la Science au Musée d’hier à aujourd’hui : Épisode 1

Comment peut-on « cultiver » les sciences dans les Musées ?

Retrouvez l’article sur le nouveau blog La Science En Passant à ce lien !

Museum Histoire Naturelle New York

Muséum d’Histoire Naturelle, New York, Septembre 2016.

La diffusion de la culture à travers des dispositifs de médiation scientifique très variés

Les sciences sont plurielles et diverses, donc pourquoi les dispositifs de médiation ne le seraient-ils pas ?

Tout d’abord, qu’appelle-t-on « dispositif de médiation » ? Tout processus permettant de transmettre des informations ou des connaissances au moyen de différents outils. Comprenez donc qu’il est possible d’utiliser différents moyens pour « cultiver » les sciences dans les institutions muséales.

Et, une deuxième définition !

Par « institutions muséales », on entend toute structure permettant de partager des savoirs ; les musées, bien sûr, mais aussi les CCSTI (Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle), ou encore les zoos !

Mais pourquoi y a-t-il une telle profusion et une telle variété de ces dispositifs ? Pourquoi, aujourd’hui, les institutions muséales s’orientent-elles vers plus d’interactions avec les visiteurs ? Pourquoi cherchent-elles à « actoriser » et à mettre au cœur de leur médiation les visiteurs ?

Cultiver la science au musée hier

Ces réflexions s’appuient en grande partie sur l’article rédigé par Jean Davallon en 1994 : « Cultiver la science au musée aujourd’hui ? » à la suite du colloque « Quand la science se fait culture » qui a eu lieu à Montréal la même année. Jean Davallon nous rappelle notamment que le développement, et l’évolution, des musées s’est fait à travers trois générations (réflexions menées avec Bernard Schiele).

Une culture des sciences qui varie selon les générations de musée

  • Une première génération : mise à disposition des savoirs et matérialisation de ces savoirs à travers des objets. C’est ce qui pourrait correspondre, dans l’inconscient collectif, aux « musées classiques ». Des musées où il n’y a finalement peu, ou pas, de médiation. Les œuvres (peintures, sculptures, maquettes…) et savoirs sont directement disponibles et le visiteur n’a pas réellement besoin de rechercher les informations. Ce sont par exemple les Musées du Louvres (salle des peintures), de Toulouse-Lautrec à Albi ou encore du MET à New-York, dans le cas où l’on ne choisit ni visites guidées, ni audioguides. Les objets sont exposés au mur ou dans des vitrines (ce qui peut ajouter une distance avec le visiteur) avec seulement quelques informations écrites. Ceci nécessite donc d’avoir des connaissances bien vulgarisées afin de pouvoir laisser le public en autonomie et d’éviter qu’il ne comprenne pas (ou pire : qu’il comprenne mal !). De mon (humble) point de vue, le Musée des Arts et Métiers à Paris ne met justement pas assez d’informations vulgarisées à disposition : il y a beaucoup de termes techniques et industriels non connus du grand public (enfin, en tout cas, de moi).

Musée des Arts et Métiers, Département des Matériaux, Janvier 2018.

  • Une deuxième génération : il y a un début de mise en place d’une pédagogie des sciences et des techniques ; les visiteurs vont maintenant avoir à « créer » le savoir. Ces savoirs ne sont plus seulement mis à la disposition des publics, mais ces derniers deviennent des acteurs de leur création. Cette création des savoirs peut se faire à travers des expériences et des expérimentations réalisées par les visiteurs eux-mêmes. On peut citer en exemple la Cité des Enfants (à la Cité des Sciences, à la Villette). Cet espace a été ouvert en 1992 et est destiné aux enfants de 2 à 7 ans. Plusieurs dispositifs et ateliers sont proposés afin qu’ils puissent manipuler des objets, des symboles ou des mots, pour qu’ils apprennent à se repérer et à s’approprier l’espace ou encore pour qu’ils apprennent à travailler en équipe et à échanger avec d’autres enfants. C’est aussi le cas avec le CCSTI Cap Sciences à Bordeaux où, sur l’exposition temporaire « Cellules Souches », il est possible d’apprendre à manipuler un microscope et à observer des cellules (parfois une première fois pour certains). En revanche, ce type de médiation nécessite des dispositifs plus particuliers : le public reste autonome, mais il est guidé et aidé pour comprendre les animations. Cela nécessite donc la présence de médiateurs et d’animateurs ou, dans le cas de la Cité des Enfants, une implication des parents pour participer, guider et accompagner les enfants.

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La Cité des Enfants, La Villette, Paris.

  • Une troisième génération : les institutions et leurs expositions sont plus tournées vers les échanges, les débats et les discussions. Beaucoup d’institutions proposent maintenant des « cafés-débats » ; des soirées de conférence ouvertes à tous et où il est possible de s’exprimer sur des sujets variés, de débattre et d’échanger avec des intervenants spécialisés. Ainsi, à Cap Sciences, un « café des sciences » a été organisé dans le cadre des Rencards du Savoir, sur les liens entre les neurones et les maladies du stress en Janvier 2017. À Toulouse, au Quai des Savoirs, des conférences-débats sont aussi organisées au Café des Quais. La prochaine aura lieu le 25 Février sur le thème des machines et de l’intelligence artificielle (à découvrir ici). Des évènements de médiation scientifique, un peu décalés, commencent à essaimer, comme par exemple Pint Of Science, dont je vous ai parlé dans cet article. Ils ont souvent lieu dans des bars, des cafés… une façon « officieuse » de partager les savoirs et de discuter avec les scientifiques. Il y a une abolition des barrières entre les « experts » et le grand public qui ose discuter, débattre, voire contredire les connaissances apportées.

« Café-débat » à Cap Sciences sur les neurosciences, Janvier 2018.

Une évolution des objectifs pour les institutions muséales

Jusque dans les années 1970 à 1980, l’accent était mis sur la connaissance des visiteurs : quel âge ont-ils ? À quelle catégorie socio-professionnelle appartiennent-ils ? Quels sont leurs centres d’intérêt ? Viennent-ils seuls ou en groupes ? Ou encore, pourquoi ne viennent-ils pas ?

Puis, il y a eu une évolution des musées et un développement des centres de culture scientifique en réponse à un changement de contexte politique dans les années 1980-1990. En effet, il y a eu une volonté de « mise en culture de la science et des techniques » sous Mitterrand afin de réhabiliter les sciences, de répondre à une méfiance des citoyens et de démystifier les sciences, ainsi que de faire sortir les scientifiques de leur « tour d’ivoire ». Ceci a conduit, en 1986, à l’ouverture de la Cité des Sciences, ainsi qu’à la construction des premières CCSTI (la toute première à Grenoble, en 1979, avec La Casemate). Il y a également eu une évolution sur la façon de présenter les sciences et les techniques et sur l’adaptation des savoirs transmis en fonction des publics (on utilise la somme des connaissances obtenues précédemment).

La science est maintenant vue comme un « fait sociétal » : une affaire de la société et des citoyens qui ont leur mot à dire et leurs opinions sur le sujet. Il est maintenant nécessaire de prendre en compte les a priori et les représentations que peuvent avoir les visiteurs avant de venir visiter une exposition.

De nouveaux objectifs pour les institutions muséales

Ce nouveau contexte politique et social s’accompagne donc de nouveaux objectifs pour les institutions muséales :

  • Mieux connaître les institution muséales elles-mêmes :
    • Leur organisation ;
    • Leurs réseaux ;
    • Les professions mobilisées ;
    • Les dispositifs de médiation mis en place…
  • Développer une « culture scientifique » : la science est cruellement dépourvue de cet aspect « culturel » (par rapport à la littérature ou la peinture). Il n’y a pas d’étude d’histoire des sciences dans les cursus scientifiques. Il y a un vrai manque d’une « culture générale », d’une culture de la discipline scientifique étudiée (J.M. Lévy-Leblond, « La culture scientifique, pourquoi faire ? », 2014).
  • Revoir les dimensions médiatiques des expositions : (« médiatiques » au sens de communication, de mise à disposition des savoirs) : faut-il que les savoirs soient directement disponibles aux visiteurs (Musée des Arts et Métiers, Musée de Toulouse-Lautrec…) ou faut-il qu’ils soient créés par les visiteurs eux-mêmes ? On a pu constater, à travers des exemples présentés précédemment, que ces nouvelles dimensions médiatiques ont été assez largement prises en compte par les institutions aujourd’hui. Je vous présenterai certains dispositifs plus en détails dans un prochain article…

Conclusion (ce qu’il faut retenir)

Dans les années 1990, il y a eu une grande réflexion sur les institutions muséales, sur leurs rôles et leurs interactions avec les visiteurs. Ceci a montré qu’il était nécessaire de faire évoluer les dispositifs de médiation afin de répondre aux besoins des visiteurs, d’adapter les contenus des expositions à leurs attentes et de conduire à des échanges et des discussions, voire des débats.

Plusieurs institutions ont répondu à ce changement de contexte et proposent de nouveaux dispositifs de médiation où les savoirs sont de plus en plus créés et découverts par les visiteurs eux-mêmes, plutôt que mis directement à leur disposition. Tout ceci afin que les institutions muséales deviennent des médiatrices et des « lieux sociaux de savoir partagé » où sont possibles des discussions et des échanges entre l’institution et les visiteurs.

Il faut donc s’interroger comment « cultiver la science au science au musée, demain » ? Dans un prochain épisode, nous discuterons de nouveaux dispositifs de médiation testés dans différentes institutions.

Tyranausore Rex

Muséum d’Histoire Naturelle de New York, Septembre 2016.

Quels dispositifs de médiation désirez-vous avoir dans des musées ? Quels seraient vos attentes, vos besoins ? Préférez-vous avoir le savoir directement disponible ou avoir à le découvrir ?

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4 commentaires sur « Cultiver la Science au Musée d’hier à aujourd’hui : Épisode 1 »

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